Par Darth Revenge
Ce qui suit est le fruit du travail de Key, destiné à être exposé sur les forums de la Version 5 d'I-R.
Les textes sont retranscrits ici tels qu'à l'origine.
De Rome à Coruscant : chute de la République romaine et chute de la République galactique
De Rome à Coruscant, si le saut chronologique est incertain, les sauts géographiques et épistémologiques sont assez étranges et surprenants pour ne pas être brièvement justifiés. Pour le curieux, le féru d’histoire ou l’historien, la similitude entre, d’une part, l’histoire de la République et de l’Empire galactique et, d’autre part, celle de la République et de l’Empire romain, ne lasse d’étonner. Mais comme ce qui est semblable n’est pas identique, il est peut-être bon, pour commencer, de fixer les bases de ce rapprochement a priori incongru.
Les deux Républiques sont balayées par l’émergence d’un Empire, mené par un homme fort, charismatique et entreprenant. Certes, lorsque la République romaine s’effondre suite à la guerre civile qui prend fin en 31 avant Jésus-Christ, elle n’avait pas mille ans, à peine 500 pour être plus précis, puisqu’elle avait été fondée en 509 avant JC. Mais cette différence mise à part, que de points communs:
Les deux Républiques connaissent une guerre civile entre, d’une part, un pouvoir qui se dit régulier [Sénat Galactique / Sénat et Peuple Romain (le fameux SPQR, Senatus PopulusQue Romanus)] et, d’autre part, un groupe qui souhaite faire sécession [Systèmes indépendants / Egypte de Cléopâtre liée à Marc Antoine]. Certes, la République Romaine disposait déjà d’une armée (à la différence de la République Galactique), mais celle-ci connait de grandes mutations à partir de la première guerre civile: modification radicale de sa composition, accroissement important des effectifs, influence grandissante dans la vie politique.
Dans un cas comme dans l’autre, la corruption règne sur les deux Républiques [Corruption généralisée dans SW / Clientélisme et vénalité dans la République romaine, symbolisés par CICERON, CRASSUS et plus prestigieux mais non moins corrompu, Jules César] et leur administration est chancelante.
Enfin, toutes les deux connaissent l’arrivée d’un homme providentiel, ce que les sources romaines qualifient de Rector Rei Publicae, celui qui, selon le Songe de Scipion, doit redresser les torts et sauver la République. Dans le cas de Rome, cet homme est Octave, fils adoptif de César, qui devient, en 27 avant JC, AUGUSTE, dont le nom “magique” renvoie au fondateur mythique, Romulus, et fait de lui le Conditor, le refondateur. Dans le cas de SW, cet homme est Palpatine, aux origines obscures mais qui, lui aussi, change de nom pour (re) devenir SIDIOUS. Tout deux recoivent leurs pouvoirs du Sénat qui les reconnait en tant que sauveurs. Tout deux procèdent, avant même leur avénement, à de vastes campagnes de “purges” des anciennes élites, essentiellement religieuses et causes pour une large part des désordres ou réfractaires à toute idée de changement (Jedis à Coruscant / Proscriptions à Rome).
Ainsi, dans un cas comme dans l’autre, l’arrivée au pouvoir s’orchestre-t-elle dans un contexte de crise et il est fort possible qu’à l’image de Palpatine, Octave ait habilement manipulé les pions de l’échiquier pour mieux gagner la partie (notamment en manoeuvrant Lépide, troisième membre du Triumvirat qui, avec Marc-Antoine, régnait sur Rome avant que ce dernier ne se réfugie en Egypte). Tous deux fondent un nouveau régime, le Principat à Rome, que tout le monde désigne sous le nom d’Empire en référence au titre d’Imperator (chef des armées) que porte le Prince (qui est en fait le terme le plus approprié) et l’Empire à Coruscant. Tout deux entament enfin une oeuvre réformatrice de longue haleine, essentiellement marquée par trois grands moments: Restauration, Rénovation, Innovation.
Restauration, Rénovation, Innovation : Le Saeculum Impérial
Lorsque Sidious devient Palpatine, comme lorsqu'Octave devient Auguste, une nouvelle ère commence qui voit l'avènement d'un Empire apportant la prospérité et la félicité.
Le saeculum de Palpatine, comme celui d'Auguste, est celui d'un âge d'or, trop tôt révolu. Age d'or certes, mais âge ambigu.
Ambiguité d'un portrait tout d'abord, qui unit les images respectives des deux nouveaux maîtres, tout deux dépeints comme des maîtres âgés, apparemment diminués: Suétone nous dépeint Auguste comme un personnage diminué physiquement, tel le vieillard cacochyme et souffreteux que GL nous montre dans ROTS et dans ROTJ. Mais au-delà des images, la réalité du pouvoir consacre la puissance inédite des deux hommes, puissance qui apparait au travers de leurs politiques respectives et qui offre un dyptique saisissant de la fragilité humaine et de l'esprit triomphant des maux pour s'imposer comme un nouveau héros (Cf l'épisode avec Windu), plus fort, nimbé de cet aura dévastateur qui leur assure la maîtrise du monde.
Les pouvoirs et leur exercice relèvent d'un triptyque fondamental, s'articulant entre Restauration, Rénovation et Innovation. Dans les deux cas, les nouveaux maîtres restaurent un régime politique jusqu'alors sclérosé par la corruption et les luttes d'intérêts. Les nouveaux régimes sont fils du précédent qu'ils exaltent et renforcent au point de les transcender et de les modifier: lorsque la différence est à ce point manifeste, on ne peut plus parler que d'altérité. Auguste ne dit rien d'autre lorsqu'il affirme avoir refonder la gloire de la République (Res Gestae Divi Augusti) et Palpatine ne fait rien d'autre en fondant un régime supérieur au précédent par la probité et la rigueur.
Rénovation ensuite, par le remplacement d'un ordre religieux déliquescent par un ordre pré-existant mais réduit au silence. Auguste restaure ainsi un grand nombre de prêtrises, et impose les cultes d'Apollon et de Mars, tombés en deshérence, et qui offre un second souffle à Rome. Palpatine rénove l'ordre Sith et place l'Empire sous le côté obscur de la Force, offrant ainsi une nouvelle dynamique, porteuse et vivifiante.
Innovation enfin dans la réorganisation nouvelle des structures politiques et administratives. Le Sénat, qui conserve son rôle, perd de sa puissance au profit de l'Empereur qui évite ainsi les rivalités et le jeu du clientélisme et de la corruption. L'Empereur fonde topographiquement son pouvoir par la construction d'un palais central (Palatin d'Auguste, Palais impérial de Palpatine) et divise le monde en provinces placées sous le commandement de gouverneurs impériaux chargés de faire respecter l'ordre et de maintenir la cohérence de l'Etat. Par des coups d'éclat surprenants, le monde est pacifié et, à Rome, on ferme enfin les portes du temple de Janus, signe du retour à la paix. Dans les premiers temps de l'Empire galactique, la paix s'impose. Malheureusement, dans les deux cas, des ferments de rebellion commencent à bouilloner, vite mâtés, mais prompts à revenir à la charge. J'y reviendrai par la suite dans un comparatif entre la chute des deux Empires.
P.S. Cette intervention n'est qu'un canevas, que j'enrichirai progressivement par de petits développements plus précis, notamment si vous souhaitez quelques éclaircissements. Il faut donc plutot le considérer comme un schéma général, de petites mises au point viendront le compléter. D'ici-là, je vous conseille la lecture de deux petits ouvrages, prompts à susciter quelques interrogations et rapprochements: d'une part celui de Robert ETIENNE, "Le siècle d'Auguste", Armand Colin; d'autre part, celui d'Aldo SCHIAVONE, "L'Histoire brisée", Belin.
Références
Jean TULARD (dir.), "Les Empires occidentaux, de Rome à Berlin", Presses Universitaires de France, Paris, 1997.
On pourrait compléter par l'essai de G.DAGRON, "Empereur et prêtre. Etude sur le Césaropapisme byzantin", Gallimard, Paris, 1994







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